Jacques Faty : “On n’a aucune garantie de faire carrière, même quand on a du talent… j’étais inférieur à beaucoup de joueurs” (2e partie)

Ce fut le premier joueur appelé en équipe de France alors qu’il évoluait au CS Brétigny. Mieux encore, en plus d’évoluer dans un club amateur, là où ses coéquipiers étaient déjà dans des structures professionnelles, Jacques “Doudou” Faty était sélectionné en étant surclassé d’une année ! Capitaine de l’équipe de France U17 championne du monde en 2001, vainqueur de la Coupe Gambadera en 2003, passé par Rennes, Marseille, Sochaux et Bastia (pour un total de 228 matchs de Ligue 1), le grand frère de Ricardo — également passé par le CSB — a depuis tracé son chemin, entre la Turquie, la Chine et l’Australie. Pour nous, il s’est posé plus d’une heure pour revenir sur son parcours.

Après avoir évoqué son actualité et ses souvenirs au CS Brétigny football, Jacques Faty revient sur ses “débuts parfaits”, en équipe de France de jeunes et à Rennes, et dévoile les clés de sa réussite professionnelle…

« Justement Clairefontaine, comment y as-tu vécu ton passage ? 

C’était une grande fierté car je rejoignais l’élite. Clairefontaine avait une solide réputation à l’époque. J’étais là-bas au moment où on en a beaucoup parlé suite à 1998 et la victoire en Coupe du monde de l’équipe de France. Durant mes deux premières saisons, je rentrais donc à Brétigny pour jouer chaque week-end alors que la troisième année, je restais là-bas pour jouer avec son équipe. 

C’est à ce moment-là que tu es appelé en équipe de France alors que tu évolues ici, à Brétigny. Etre appelé en sélection quand on joue dans un club amateur est très rare…

Oui et j’étais surclassé en plus ! Je me souviens que ça représentait une vraie fierté pour le club d’avoir un joueur en équipe de France, et avec un an de moins que les autres ! Mais de mon côté, je le prenais aussi comme une pression supplémentaire. Je devais et voulais prouver à tout le monde que je méritais d’être là, que j’avais le niveau de mes coéquipiers, qui étaient déjà dans des clubs pro. J’ai travaillé encore deux fois plus qu’avant. Tout simplement parce que je me savais attendu, on parlait de moi. Je l’ai vraiment ressenti et je me suis mis une pression, mais une pression positive, que je suis parvenu à gérer, pour démontrer que je méritais bien d’être en équipe de France. 

Jacques Faty (n°5) était le capitaine de l’équipe de Franche championne du monde U17 en 2001

Quels joueurs t’impressionnaient le plus à l’époque ? 

Il y en avait beaucoup et, pour être franc, je m’estimais inférieur à pas mal de gars que j’ai pu côtoyer. C’est pour ça que je dis régulièrement “attention” lorsque je vois qu’on porte aux nues des jeunes de 12/13 ans. Il n’y a aucune garantie de leur réussite ! 

D’un point de vue “talent pur”, Aimé Lavie était vraiment fort à Brétigny. Sinon, celui qui m’a le plus marqué en jeunes, c’est Mourad Meghni. Mourad, c’était l’espoir ultime, il était trop fort, c’était Zidane facile pour moi. Après, des blessures, des choix de carrière, un manque de chance, ont fait que, même s’il a fait une carrière pro, ce ne fut pas celle espérée. 

On sent de l’humilité chez toi lorsque tu dis que tu te “sentais inférieur à pas mal”…

Non, c’est simplement être réaliste. Encore une fois, j’estime que maintenant, on est en haut de l’affiche beaucoup trop tôt, à cause des réseaux sociaux, des agents, etc. Mais non, il n’y a aucune garantie de faire une belle carrière même si on a beaucoup de talent à la base. 

Moi, c’est une réalité de dire que j’étais inférieur à beaucoup de joueurs. Mais, en plus de mes quelques qualités, j’ai surtout bossé, bossé, bossé. Pendant des années, j’étais à 400% dans le foot tous les jours. Pas de femme, pas de sortie en boîte, c’était juste le foot. 

A partir de quel moment as-tu vraiment pensé devenir footballeur professionnel ? 

Assez jeune, à partir du moment où j’ai pu intégrer Clairefontaine, car comme je l’ai dit, je rejoignais vraiment l’élite et Clairefontaine était cité partout comme modèle de la formation à la française, mis tout en haut avec la Coupe du monde 98. Mais c’est aussi venu comme ça, de par ma progression à Brétigny, puis à Clairefontaine et à Rennes et ça s’est fait naturellement, grâce aussi à mes résultats en jeunes. Je pense quand même que notre époque était différente de ce qu’il se passe actuellement. Maintenant, les clubs prennent des joueurs limite au berceau. A l’âge de 12 ans, il y a des histoires de transfert, tout le monde a un agent, c’est abusé ! J’ai attendu l’âge de 16 ans pour avoir un agent… C’était plus sain avant. 

Est alors arrivée l’heure du choix du premier club pro, es-tu allé à Rennes en raison du partenariat avec Brétigny ? 

En quelque sorte oui, Rennes a profité du partenariat avec Brétigny pour me faire signer un contrat de non sollicitation. Là, ça m’a aussi démontré qu’on savait que j’avais un potentiel. Mais attention, au début, lorsque je signe cet accord, c’est en tant qu’attaquant ! La première année, à Brétigny, j’évoluais devant. C’est la deuxième année, entre Clairefontaine et Brétigny, que je suis passé défenseur. Et quand j’ai signé mon contrat espoir, à 16 ans, c’était bien en tant que défenseur. 

Jacques Faty avait fait le choix de signer son premier contrat pro au Stade rennais, alors club partenaire du CS Brétigny

A partir de là, tout s’est très vite enchaîné…

C’est vrai que ça s’est bien passé à Rennes, j’ai poursuivi ma progression et je suis resté en équipe de France, où je suis même devenu capitaine. C’est alors que j’ai tout remporté, aussi bien en club qu’avec les Bleus : la Coupe du monde U17, où je suis capitaine, la Coupe Gambardella aussi. J’étais alors un des jeunes les plus côtés. J’étais convoité par Liverpool, Manchester United… Mon début de carrière a été parfait. 

Il y avait de quoi prendre la grosse tête…

Jamais car je savais d’où je venais et ce que je faisais pour y arriver. Le plus dur, c’était de gérer les sollicitations. Puis comme on parlait de moi, les adversaires voulaient encore plus prendre le dessus sur moi. Tous les week-ends, je le prenais comme une guerre. 

Mais au final, j’ai commencé, et ai surtout beaucoup donné, super jeune. C’est pour ça que j’ai vite eu des blessures et que j’ai enchaîné les pépins physiques. On sait que lorsqu’on débute très jeune, ça commence à être dur vers la trentaine… Le corps peut vite dire stop, faut apprendre à en prendre soin. »

Troisième (et dernière) partie à suivre…